Le château du Saz

Publié le par Kamila

 

Février 2009



Intrigués par une affiche entêtée qui indique que le château du Saz fait resto le midi, nous nous sommes embarqués dans un déjeuner pressenti comme romantique, un mardi midi.

 

Lui dans sa chemise bleue froissée, moi dans mon petit pull bouloché, mais ivres de cette liberté temporaire sans enfants…

-  certains de ne pas affronter les regards furieux des vieux couples qui ont oublié comment c'était

-  certains de ne pas avoir à vider la table : "non, reprenez les verres en cristal et les couteaux aiguisés en pointe à taillader la nappe, ha vous n'auriez pas des verres à moutarde et des couverts de pique-nique ?"

-   certains de ne pas avoir à laisser derrière nous un champ de bataille de frites écrasées, de pain mâchouillé en forme de crottes de nez, d'empreintes de mousses de choco sur les murs, éclaboussures de jus d'orange de la grande qui l'a bu trop vite par la paille et l'a ressorti par le nez, échos des hurlements de la dernière qui jette son doudou hors de sa chaise haute pour beugler "doudououououou !!!!!!!!" en nous faisant passer pour des tortionnaires

 

Arrivés sur le parking, pas un rat hormis les voitures du personnel. Soit ya vraiment personne, soit ils ont repéré de loin les bouloches de mon pull et ont vite fait de tourner les pancartes "accueil" vers le parking des salariés.

Tiraillés par le pressentiment qu'une bonne omelette jambon serait meilleure à la maison, obtus que nous sommes, nous avons tout de même persisté et signé.

 

L'entrée s'est avérée glacée, genre thermostat bloqué sur la fonction anti-verglas. ("je vous enlève votre manteau ? – heu non, je vais le garder avec mon bonnet polaire et mes moufles, j'ai une horrible pelade vous savez…")

La table, au choix, parmi 25 places vides.

2 clients, 3 cuistots, 2 serveurs et 2 patronnes. (s'ils nous proposent de faire une balle au prisonnier, on dit non, hein ?)

 

Déco futuriste (parce que ça, ça n'existe encore nulle part) : sur les murs, des aplats aubergine et vanille, avec des appliques gris moisi et oranges (heu, tu crois qu'ils vont nous faire bouffer les murs ?).

Au sol, un carrelage beigeâtre nervuré, avec une terrible envie de l'assortir, en dépit du bon sens, aux parois fauves amovibles qui isolent le resto d'une salle de séminaire certainement 5 fois plus grande.

Et au milieu, ma p'tite dame, des tables avec des chaises ! Quel culot ! Mais pas innocentes, hein. Des chaises pseudo-19ème siècle, avec une imitation tapisserie champêtre.

Et enfin, le clou, un bar moderne avec un fond de verre dépoli où alternent les effets de couleurs (remember, les lampes à ambiance des années 70, avec des tentacules de cheveux optiques qui alternaient les couleurs de l'arc-en-ciel, dans les salons en cuir marron de nos parents, qui écoutaient du Daniel Guichard) (et nous, qui n'avions pas de play-station, on trouvait ça hypra hype, à les regarder, fascinés, assis en tailleur avec notre pantalon de velours vert et notre col-roulé orange) (et avec un bonnet rouge, t'as plus qu'à faire la circulation !)

 

Bar qui fait également office de cuisine, comme nous nous en apercevrons dès les 1ères effluves de cuistaille qui ont délicatement imprégnés nos fringues d'odeur d'entrecôte grillée. (je lance un coup d'œil par-dessus l'épaule de mon mari, mais où est la hotte ? Il y a un cuistot qui s'active, peut-être que les 2 autres qui l'encadrent sont là pour aspirer les odeurs par le nez ? Genre nouvelle idée écolo pour éviter les gaspillages de hotte pour 2 clients ?)

 

La serveuse nous allume gentiment une bougie blanche, dans laquelle nous observons avec horreur une mouche incrustée dans la cire. Elle avait du goûter la cuisine. Un signe druidique que nous n'avons pas su interpréter.

 

Bon, entrée de noix de saint jacques au pistou, pas mal, on se regarde en hochant la tête de droite à gauche, non pas par déni mais par volonté de décontraction des muscles cervicaux. Traduction : "n'aie pas peur ma chérie, la mouche est vraiment morte de vieillesse".

 

Erreur. Arrivent nos entrecôtes saignantes, accompagnés de julienne de légumes (décrits par la serveuse comme "petits légumes de saisons – lesquels ? – heu de saison – ha oui ?!"). En réalité, la viande était trop cuite, dure et bourrée de gras. On se regarde en mâchouillant péniblement.

Bon, sympa, le cuisinier devinant le malaise, est venu nous voir et a proposé de remplacer les viandes par de l'araignée de bœuf. "C'est bien la 1ère fois que ça arrive, je connais mon fournisseur depuis des années. D'habitude, je goûte tout, mais là bon, il n'y a pas de client, j'ai été trop cool".

1/ Je me réconcilie avec l'araignée, qui n'est pas seulement une bête rampante odieuse, destinée à se mettre systématiquement en travers de mon chemin, que je massacre avec une pantoufle en beuglant "Rhâ, hin, heu" à chaque frappe.

2/ Je me réconcilie avec le cuistot qui a le courage d'affronter notre réprobation.

3/ Je me dis également que le cuistot se fout de nos gueules, parce que, quand il a du monde, il goûte à tous les plats pour se payer une chiasse le soir ?

 

Bon, enfin, revigorés, nous commandons un verre de vin chacun. Bilan, la serveuse nous amène des verres de dégustation d'un vin de table infâme. On se regarde (une fois de plus, mais bon, j'avais davantage de messages silencieux à faire passer à mon beau mari qu'à un vase en cuivre posé à côté de lui), même à l'Abelia*, ils nous mettent une dose triple !


Je ne vous raconte même pas la fin, quand l'appareil à carte a bloqué le ticket : "je comprends pas, d'habitude j'ai des bandes rouges qui indiquent la fin du rouleau".
Oui, c'est comme pour la viande, ils ont du taper la discute avec leurs fournisseurs pendant des années, avant de tester un premier achat l'avant-veille, et nous sommes les 1ers pigeons qui en faisons les frais.

 

Bilan : 60€.

 

Plus jamais.


*PS : pour ceux qui ne connaissent pas l'Abelia à Nantes, voici un descriptif gourmand...

 

Pascale et Vincent Berthomeau ont installé leur jolie table dans une grande maison bourgeoise à quelques encablures du centre. Salons aux tons pastels et pierres apparentes, ambiance intime et chaleureuse, la halte est un véritable plaisir. La cuisine de tradition, revisitée sans cesse par Vincent Berthomeau est sans conteste appelée à devenir une référence nantaise, l’accueil prodigué par Pascale et son équipe n’étant pas en reste. Réservation conseillée, terrasse en saison. Parking privé.
 

Cuisine créative d'inspiration traditionnelle
Site web : www.restaurantlabelia.com

Publié dans côté sorties

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Commenter cet article

Flore pilot 24/02/2010 17:02


Oh je les acceptes surtout que cela ne me concerne pas directement, mais ma soeur c'est mariée au château le saz et se fut une journée exceptionnel c'est pour cela que j'ai tilté en trouvant votre
commentaire.
Et non je n'ai pas vraiment le temps de me consacrer à un blog c'est surtout que cela ne me tente pas.

Cordialement,

Flore Pilot


Flore Pilot 24/02/2010 15:52


Cela doit être dure à vivre d'être une éternelle insatisfaite !

Ps: Ne jamais jugé un lieu sur une seule prestation ou moi je vous juge à votre blog et je me dit que vous devez avoir une vie très ennuiante!

Flore Pilot


Kamila 24/02/2010 16:11


Il faut savoir accepter les critiques, n'est-ce-pas ? Et vous, vous n'avez pas de blog ?