Les cours d'abdos-fessiers

Publié le par Kamila


Au collège, il y avait les cours de sport. Ces jours là, j'avais une boule d'angoisse dès le matin : j'allais encore passer pour l'otarie de la classe (celle qui sait bien applaudir les autres, mais qui se viande toute seule).

Et il y avait : L'ENDURANCE, mon heure de souffrance, où j'attendais que l'horloge tourne, pendant que moi-même je tournais comme un cheval de labour autour du stade boueux.

"Tiens, ya encore le groupe des mecs qui nous dépasse, parce qu'il ont 3 tours d'avance !" (t'as vu ? David m'a regardée en passant ?! c'est pour ma beauté intérieure ou mes lolos qui ballottent ?)

 

Pire que cette torture douce, il y avait le CROSS, où il fallait patauger dans la gadoue, où j'étais en queue de peloton, c'est-à-dire exactement l'endroit où vous recevez toutes les giclettes des baskets des autres.
Je finissais parmi les derniers, crottée jusqu'aux cheveux.

 

C'est bien ça qui reste derrière, quand les 1500 autres élèves sont déjà passés par là.
C'est vraiment moche de ne pas reconnaître notre vaillance : pendant que les autres sautillaient sur un terrain élastique et sec, on se tapait la mélasse à nous fabriquer des cuisses de rugbymen.
D'ailleurs, je comprends toujours pas comment la peau d'orange a pu se frayer un chemin dans le granit musculaire de mes 15 ans.
Ha si, je sais, c'est mes bébés qui ont tout aspiré !
Hého, le cordon ombilical, c'est pas une paille hein !
Et moi, j'ai l'air d'une bouteille de Yop peut-être ?

 



J'avais beau me débourber le visage avec un tee-shirt jaune,
j'ai pas inventé le smiley comme Forest Gump.
J'ai juste inventé le torchon barbouillé

 


Or donc, le sport et moi, on se regarde en chiens de faïence, on n'est pas très potes.

"kesta à me regarder ? Tu veux ma photo en short peut-être ?"

 

Néanmoins, avec l'âge et les grossesses, maman s'est distendue, et cette fichue peau d'orange s'est tapée l'incruste.

Cet état de siège a sonné l'alarme de mon instinct de survie : il faut retenir l'Homme à la maison par la cuisine au beurre et la hanche rebondie, des fesses fermes et non pas des messes ternes. (non, mémé, j'ai pas dit les films de Western !)

 

Je me suis donc inscrite à des cours de gym, atrocement intitulés "abdos fessiers". Je regarde, oui, c'est bien là que je ressemble à un Sharpeï. En-dessous c'est cigogne, au-dessus c'est melons et fennec.

 

Exercice : dessine maman

 



Avec des effets contraires : quand je m'assied, j'ai la fesse lisse et le ventre accordéoné.
Quand je suis debout, j'ai un ventre lisse et la fesse tirbouchonnée.
Keskifofaire ? Rester courbée avec un regard de braise ?

Kestufais ? me demande-t-il, pendant que je le regarde langoureusement, dans ma robe fourreau en soie bleue nuit,
accoudée à la table de la cuisine en un angle de 45°
(ce qui fait pendouiller ma poitrine, certes, mais je gondole pas. Gondoler ou se pendre, il faut choisir).

 

 

Pendant les cours, je me place toujours en retrait, loin du miroir, à regarder avec perplexité les joggings roses et string gris perle, qui gambadent sans perdre leur haleine. (moi, à ce stade, j'ai tout perdu, mes poumons, ma fierté, ma coiffure, mon eye-liner, et mon déo anti-perspirant me lâche)

 

Elles sont sautillantes, dansantes, parfois décalées, mais toujours concentrées… Elles font leurs abdos en rythme à 8 temps en respirant par le nez, moi je souffle comme une locomotive pour éviter la crampe, et pendant les abdos, mes postillons me retombent sur la tête.
J'ai l'air d'un moucheron tout mouillé.

 

Le prof annonce : "On met les bracelets aujourd'hui !"

Fausse joie : non, ya pas un artisan orfèvre qui va débarquer pour incruster nos bourrelets de diamants (l'autre façon de sculpter son corps, l'effet d'optique). Ce sont des bracelets à scratch de 500 grammes chacun à mettre sur les chevilles, pendant qu'on s'accroupit pour lever la patte.
"Bientôt l'été !" kidit. "Je ne sais pas si je reverrai le soleil. Peut-être que je vais suffoquer avant la fin du cours" keujpense.

 

  • Fait divers : un corps non identifié retrouvé en fin de séance de gym à l'amicale laïque, dans le coin droit du fond du gymnase. Les anthropologues tentent de reconnaître la provenance ethnique de l'amas. Si vous reconnaissez ce truc, merci de prévenir la fourrière pour que sa famille vienne le récupérer.

 

Or donc, ma place favorite dans les cours collectifs, c'est au fond : pour pas que les autres nanas entendent mes bruitages "han ! ha ! pfffff ! gniiiii ! encore combien ? je vais ramper discrètement vers la sortie...".

"Gardez l'équilibre, contractez les fessiers !"

J'ai plus de fessiers, je ne sens plus rien, que veut-il que je contracte ? Je peux juste serrer les dents.

 

J'ai honte de rendre le tapis en fin de cours, ya mes faux ongles qui sont restés incrustés dedans. Et on voit aussi la trace de mon front graisseux, quand je me suis subitement écroulée sous l'effort, alors que les strings gris perles dansaient comme des cygnes. Moi aussi, mais c'est plutôt genre cygne mort.

 

Il faut souffrir pour être belle.

Mais à quoi bon, quand on a toujours l'air d'un cétacé échoué, à la sortie du cours ?




Help pour les baleines !

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