Les blogs de cuisine
Il y a deux sortes de femmes : celles qui savent cuisiner, et celles qui savent faire à manger.
De naissance, j'ai toujours su appartenir à la 2ème catégorie.
Quand je lis …
- " Cake aux pistoles de chocolat fraise, parfumé au thé matcha"
- "Œufs pochés sur radeau d'asperges jambon d'aoste sauce hollandaise"
- "Pain sandwich asiatique avec la méthode de Tang Zhong"
… je me sens un peu complexée de la poêle.
POURTANT !
Je dis parfois bye-bye à mes soupes moulinées…
- Ma recette : faire cuire des légumes dans l'eau, mouliner, saler, servir, savourer ou cracher
… bye-bye à mes steaks aux pommes de terre sarladaises…
- Ma recette : Picard
… bye-bye à mes couscous…
- Ma recette : ne pas mouliner la soupe
… bye-bye à mes raclettes…
- Ma recette : laisser les invités faire la bouffe eux-mêmes
Je me lance dans des expériences improbables, sans filet, sans tablier (genre sans pré-test, le soir de Noël… ça craint du boudin)
Et c'est ainsi qu'il fût une fois…
(Etape 1 : le fantasme) Un mille-feuille de mousse de saumon, qui aurait du théoriquement donner CA :
Une élégante structure savoureusement aérienne, un biscuit délicatement alvéolé pour se laisser imbiber de saveurs océanes vivifiantes, une décoration simple mais "so chic", tomate pulpeuse lovée dans un écrin de chiffonnade de saumon qui n'attendait qu'elle…
Une invitation à la mastication rêveuse, à ce regard éperdu de reconnaissance de papa, qui contemple maman à la lueur des bougies, comme s'il la voyait pour la première fois de sa vie, sirène de l'art culinaire, évanescente et mystérieuse, encore imprévisible après tant d'années…
Ses lèvres humides s'arrondissent pour m'embrasser à la naissance du cou et me chuchoter : "Mais quel est ton secret ?". Je ferme à demi les paupières, mes longs cils formant une ombre sur mon teint abricoté, ma poitrine se soulève sous l'effet d'une profonde inspiration, et je savoure avec délectation cet instant enivrant et raffiné…
(Etape 2 : le réveil) Qui a fini par donner CA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Un empilement gadouilleux de feuilles de filo grasses qui s'effritent au moindre contact.
Une structure avachie sous le poids de la mousse d'une texture compacte proche des purées de cantine des années 80.
La déco so chic s'est transformée en saumon mort qui refuse obstinément d'obéir à mes ordres : "Chiffonne-toi !" – "Plutôt crever !".
Papa sourit bravement en disant : "c'est étonnant" avant de s'effondrer sous la table (mais pourquoi fixe-t-il sa frange ?).
Les filles regardent avec perplexité cette chose en murmurant "veupa".
Maman, échevelée et rougeaude, pour avoir grillé une à une ces foutues feuilles de filo au four, a autant de pouvoir de séduction qu'un mollusque ayant gobé un feu de bengale nucléaire. A ce stade, le Dr House lui aurait probablement diagnostiqué un lupus.
Je suis à la cuisine ce qu'un lupus est à Marilyn
De la théorie...
... à la pratique
Bref, une recette utile si on veut fabriquer un frisbee vénéneux à larguer dans le jardin des voisins qui passent leur tondeuse diesel le dimanche. (mince… yé tombé chez nous…)
(Etape 3 : maman abdique et fout le feu à son tablier : PLUS JAMAIS !!!!!!!)
Et puis ZUT
Pendant que papa gît et que les enfants déambulent en masques à gaz, maman ne se laisse pas démonter et décide de s'injecter la pâtée en intraveineuse avec du pain beurre et un gros ballon de rouge.

Or donc, je suis immunisée contre la cuisine.
Alors, merci aux blogs qui se mettent à la portée des bras cassés qui tentent de maintenir leur famille en vie, sans la laisser dépérir de faim :
Karinette : de la bonne (vieille) cuisine quotidienne accessible aux cancres, comme l'exquise tarte au thon, ou ses divines paupiettes au vin blanc que papa a saucé jusqu'à dépiauter le téfal.
Et Quand Nad cuisine : dont le cuajada est devenu la référence dominicale, et son poulet au vinaigre balsamique est à crever.
Testées et approuvées ! Dignes de figurer au guiness de "la popotte à la portée des nulles".
Dieu a dit : que la lumière soit. Et la lumière fut.
Ratatouille a dit : tout le monde peut cuisiner.
Han ! Qui croire ?
En attendant, j'ai beau taper frénétiquement des mains dans le salon, ya rien qui s'allume.