France Ameublement

Publié le par Kamila

Or donc, mon petit mari regarde la pub avec les yeux innocents du nouveau-né. Quand il voit le teint abricoté d'un mec qui se tartine de Nivea Men, il me demande : "moi aussi ?". Mais nan, banane, lui il a une croûte de fond de teint de 3cm bien sûr !

Qu'est ce que tu veux faire avec ta peau burinée par le soleil depuis 30 ans ? Au mieux, tu passeras de l'étiquette "mouton retourné" à "vachette".

 

Et un jour, il reçoit un coup de fil de France Ameublement, qui lui explique qu'il a gagné un superbe auto-cuiseur et une caméra numérique. Il suffit de venir à Trans-sur-Pouet (c'est pour garder l'anonymat de la ville) les 12 ou 13 mars, sans obligation d'achat.

Comme il bosse, il charge maman d'aller récupérer ces superbes engins high-tech.

Evidemment, je ricane, j'ai bossé dans le marketing, on me la fait pas, ce sont des techniques des années 70 !

Mais il m'assène un argument massue : "et kessta d'autre à faire cette semaine ?"

Mon corps tressaille et une réplique cinglante et pertinente se détache de mon cerveau affûté comme 17 prix Nobel réunis : "ha ben ouais".

 

Je me mets donc en route, ça fait juste 50 bornes, parce que pétouiller gratuitement du CO² en campagne, j'adore ça.

 

La route champêtre dure 1H, elle est boueuse, et les nids de poule sont en réalité des nids de bœuf.  (ou alors des poules, mais belles bêtes hein… Et si on ne nous disait pas tout, à nous, gens de la ville ? En campagne, ils élèvent des bestiaux de race aviaire de 3 tonnes 5. Quand ils en massacrent un, tout le village allume un feu de joie car ils ont à bouffer pendant 3 mois. Quand le coq chante à l'aube, ya la tour Eiffel qui clignote. Et dans les hypers, ils nous refilent juste les bêtes rachitiques et les lapins albinos)

 

Mais c'est pas grave, j'appuie sur un bouton rouge et ma bagnole se transforme en 4x4 Queshua en 30 secondes. Mes cheveux poussent, mes yeux s'étirent en amande, mes vieilles couronnes dentaires se transforment en pressoirs en inox, mes bourlets se résorbent, j'ai un pantalon en cuir qui me colle à la peau, et je deviens instantanément Lara Croft. Je suis belle, je suis jeune, je fais jouer mes muscles sous ma peau d'albâtre.

Ca tombe bien, un panneau indique : "1 mort tous les 15 jours, ne soyez pas le prochain".

 

      
                   


Je tâtonne ma poche…  ventre-bleu ! J'ai oublié mon portable !

Si je tombe en panne, on va me retrouver dans 3 semaines, lyophilisée à mon volant.
Ha mais nan, chui con, chui Lara Croft ! J'ai un satellite telecom miniature greffé dans un plombage.

 

Au détour d'un virage, je croise une camionnette jaune de la Poste qui roule ventre à terre en sens inverse. D'abord, je mords la poussière du bas-côté pour l'éviter. C'est l'aventure ! HiiiiiHHHHHHaaaaaaa !

Ensuite, le doute s'insinue : mais que fuit-il en rentrant de Trans-sur-Pouet ? Je m'approche de la guerre des mondes ou quoi ?

 

Enfin, j'aperçois un clocher au loin. Signe de vie spirituelle; même s'ils ont du retard, ils ont au moins atteint le 12ème siècle, je pense que nos langages respectifs auront des points communs.

 

J'arrive donc à Trans-sur-Pouet, qui annonce un tournoi de fléchettes cantonal. (vais-je m'inscrire ?). Un VRAI papy en bleu de travail, casquette et mégot jauni au coin de la lèvre, traverse lentement la place de l'église déserte. Je cligne des yeux. Ils tournent un film de Pagnol ?

Tracteurs à gauche, moutons à droite. (Trans, c'est le diminutif pour "transhumance" ?)

Mais où sont passés tous les habitants ? Chez France Ameublement bien sûr !

 

Sur le parking poussiéreux, je me gare à côté d'un hangar quelconque. Seul un panneau bancal signale la boutique. Je sors de mon Cruiser intergalactique, j'adopte une position féline devant mon pare buffle immaculé de sang (des moustiques sans doute), j'hume le vent et les ailes de mon nez frémissent… HOU, ça sent l'arnaque !

 

J'entre et observe un essaim de vendeurs en chemise violette et cravate noire, aussi nombreux que les clients.

L'un d'eux s'approche de moi, je lui tends nerveusement l'invitation (viiiiite, sortir d'ici). Il me demande : "vous n'êtes pas venu avec votre mari ?". Tant qu'à sortir leur artillerie de méthodes de vente moyenâgeuses, autant coincer le couple au complet.

Et effectivement, la plupart des gens sont en couple, et je les regarde, fiévreuse, le souffle court, s'asseoir sur des canapés rustiques en cuir marron, avec les accoudoirs en forme de volutes et des petits pieds porcins, voire même des versions vert pomme ou jaune poussin. Je me frotte les yeux. Les vendeurs tournoient comme des quetsches, les canapés sont des abeilles et la caisse empoche le miel. Je suis en Trans-mutation. Je Trans-pire, c'est pas mieux (haha ! non ? ha bon...). Il y a peut-être eu ici une Trans-fusion nucléaire il y a 3 générations ? Et ce dos qui me gratte, c'est peut-être un Trans-manche qui pousse ?

 

Evidemment, je le savais, le type, le regard fuyant, me rapporte un tupperware de 15 cm de diamètre (pile poil pour 2 bâtonnets Igloo) et un appareil photo en plastique alvéolé, effectivement en forme de caméra, l'écran digital servant tout juste à comptabiliser le nombre de photos, et de format Tom Pouce.

 

Je cours me réfugier dans ma voiture, je démarre en trombe, viiiite, loin, loin, loin…

 

Bilan : 100 bornes, 2H, et une odeur de quiche qui me vrille les narines... la mienne. 

Publié dans côté conso

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